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Confinement, un Journal | Jour 34 : La Poule du Futur

Précédemment dans le journal du confinement de l’Amazing Bicoque :

La crise des croquettes était sur le point de se conclure au cours d’une table ronde réunissant tous les protagonistes de ce récit. 

Mais, Henriette le coq, étonnamment vivante dix ans après son départ, coupe les discussions en déclarant venir du futur, et les nouvelles ne sont pas bonnes.

“Comme vous le savez, après avoir quitté Lyon, les hipsters brasseurs ardéchois m’ont installé dans un poulailler en pleine campagne.” Ses yeux se font vagues, regardant ce qui semblent être des jours heureux.

“Comme vous le savez, après avoir quitté Lyon, les hipsters brasseurs ardéchois m’ont installé dans un poulailler en pleine campagne.” Ses yeux se font vagues, regardant ce qui semble être des jours heureux. “Et ce furent des jours heureux. Malgré l’inévitable confusion du genre qui me caractérise, je pris très au sérieux mon rôle de mâle reproducteur ; les mois passés loin de toute interaction sociale avec mes congénères me ramenèrent  à redoubler d’ardeurs pour cette mission. Le printemps, l’été ont filé sans que je ne m’en rende compte. Oui, mes amis, des jours heureux…” 

A cet instant, nous écoutons au moins tout autant le silence d’Henriette, que les sons bucoliques du jardin de ce bel après-midi d’avril.

Iel reprend : “Mais tout a changé un soir d’octobre. L’automne était arrivé. Les jours se faisaient plus courts, les soirées plus fraîches, nous nous installâmes dans la cabane pour nous préparer à passer l’hiver. Un soir, je remarquai qu’il n’y avait plus de place pour m’installer, et ce, même en poussant et en cot-côtant dans tous les sens. Que se passait-il ?

La place n’avait jamais manqué jusqu’à aujourd’hui, et aucune naissance n’avait eu lieu depuis de nombreuses semaines. C’est alors qu’apparut l’inconnu. Sorti de la nuit sans lune tel un fantôme aux plumes noires, ce coq inconnu s’approcha de moi.

“Henriette, fit-il. Je crains que le temps du repos ne soit terminé pour toi

– Qui es-tu, étrange inconnu ? répondis-je.

– Peu importe. Quand nous nous quitterons ce soir, nous ne nous reverrons plus. Contente-toi de me suivre.”

Où pense-t-il bien pouvoir m’emmener ? L’enclos est fermé par un grillage de tous les côtés. Mais soudain, l’inconnu disparaît derrière l’abri à poules. Je le suis timidement, il n’est physiquement plus présent. Quelle est donc cette sorcellerie ? Il me suffit d’avancer timidement d’un pas pourme retrouver projetée dans le futur, en 2024 pour être plus précis.”

Henriette arrête là son récit. Je sens que la suite du récit reste coincée dans sa gorge, que tous les mots du monde ne suffiront pas à décrire ce qu’iel a vu. 

Mais iel reprend : “Aucun vaccin ou solution miracle n’est venu sauver la planète, le virus a continué à se propager. Peu à peu, la société s’est refermée sur elle-même, la mondialisation se délitant face à l’essor des initiatives locales, à l’exode urbain ; l’air était redevenu pur, et durant un temps, les humains ont cru pouvoir s’en sortir pour aller vers un avenir meilleur, débarrassés de cette vieille société devenue inconfortable qu’ils se trimballaient depuis des décennies.

Tentant d’avoir une réponse à ma présence ici, j’errais dans la ville quasi déserte, me nourrissant d’informations glanées, de miettes abandonnées en compagnie des pigeons. En quoi l’année 2024 pouvait m’importer ? Je serais morte il y a bien longtemps, avec ma lignée largement assurée après mes exploits de cet été. Après une journée et une nuit, je ressentis une secousse soudaine, projeté à nouveau plus loin dans le futur. De cette époque, je n’en ai jamais deviné l’année.

Ne trouvant aucune source d’informations où que ce soit, ni aucune miette. J’entrepris de sortir de la ville cette fois complètement vidée, même des pigeons.
– Rien n’a donc survécu ?” demande Freya.

De nouveau le silence. Je regarde la petite assemblée assise sur les chaises, il est bien rare de les voir tous aussi attentifs, surtout que personne ne sait si Henriette va être en capacité de reprendre son récit. Pourtant :

“Si, croyez-moi, il y en a qui ont survécu. Vous les moquez aujourd’hui, mais ce sont eux qui auront raison… qui ont toujours eu raison. J’ai vu leurs techniques, ce qu’ils vont faire subir à mon peuple. Et j’ai immédiatement su pourquoi mon espèce me considérait comme une sorte d’élu. Ma mission, notre mission est de changer le futur, pour que les malheurs qui s’annoncent n’adviennent jamais.
– Mais qui sont-ils, bon sang ?” demande Lemmy.

Dans un souffle, Henriette répond : “Les survivalistes”.

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A suivre !
Jour 35 : Je te surivrai

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