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Confinement, un Journal | Jour 35 : Je te survivrai

Précédemment dans le journal du confinement de l’Amazing Bicoque :

Dans un futur proche, l’humanité a succombé à la pandémie. Seuls les  survivalistes ont survécu.

A l’instar des survivalistes, le salon qui leur était dédié était le seul à avoir survécu au milieu événementiel ; les participants aimaient même se moquer des manifestations disparues en mimant, en faisant de grands gestes, les visiteurs du salon du livre ou de l’automobile.

Et pour cette vingtième édition anniversaire, Jean-Claude avait été invité à une table ronde traitant de la culture hydroponique du cresson 

Il en était honoré, mais pas étonné, sa production était connue de tout le département,  il se demandait si il y avait encore quelque chose à dire sur le sujet. Vingt ans à dire et faire la même chose, c’est long.

Au milieu d’une allée, il croise l’ami Jean-Louis, certainement venu présenter ses dernière innovations en matière de cartouches. Ils se saluent de loin comme le veut la tradition depuis la libération, puis, par respect, se mettent en joue avec leur fusil de chasse.

“Voilà une belle édition qui s’annonce ! hurle Jean-Louis.
– Oui, répond sur le même ton, Jean-Claude. On dirait bien. Tu as vu qui est monté cette année ? Yves Cochet, le duc de Bretagne !
– Oui, il va nous montrer sa dernière variété de pommes !
– Incroyable !”  

Sur ces derniers hurlements, ils rengainent leur arme et se quittent en faisant le célèbre salut survivaliste, un mix étonnant entre la révérence du XVIIIe siècle et la ronde ardéchoise.

Il est encore tôt, le salon est assez calme. Jean-Claude décide d’aller faire un saut vers le stand phare de l’événement, qui devrait facilement atteindre les deux cent visiteurs cette année. 

Le bonimenteur en charge de l’animation s’en donne déjà à coeur joie, alors qu’il n’y a qu’une dizaine de personnes devant lui.

“De plus, je ne vous apprends rien, messieurs, quand je vous dis que l’une de nos dernières sources de protéines encore disponible, non seulement se doit d’être préservée, mais cultivée pour profiter au plus grand nombre. Car oui, nous n’avons pas su prendre soin des lapins, ni même des cochons ou des vaches, même chats et chiens sont introuvables. Que nous reste-t-il aujourd’hui ? Quelle promesse avons-nous pour faire un barbecue réussi ?”

Il ne faut pas être un grand génie pour deviner que l’homme parle bien entendu de la poule, seule espèce avoir survécu à la pandémie. Si les premières années, leur viande s’échangeait à prix d’or, des fermes s’étaient organisées et l’élevage intensif se développait au galop. Alors qu’il tient déjà la foule dans sa main, l’homme n’en brandit pas moins une cuisse de poulet au-dessus de lui ; tel l’image d’Epinal de ce héraut du monde de demain. Jean-Claude en a presque les larmes aux yeux tellement c‘est beau, putain.

***

“J’étais là, cachée, terrorisé, attendant pendant deux jours que ça se passe pendant que mes frères et soeurs mouraient devant moi” finit Henriette. 

Nous sommes toujours assis en rond dans le jardin, pourtant je ne sais plus où je suis vraiment, enfin plutôt, quand je suis vraiment.

“Mais que peux-tu faire maintenant pour régler cela ? Et surtout, comment ? demandais-je.
– J’ai compris pourquoi l’on m’avait envoyé, moi, dans le futur, répond Henriette. De tout mon peuple, je suis le seul à avoir transfiguré ma condition : je suis coq comme je suis poule, je viens de la campagne comme je vis en ville, je suis parent comme je suis survivante, le passé comme le futur. J’ai attendu patiemment l’inévitable pandémie, m’enrichissant grâce au trafic, prêt à lancer le plan.
– Quel plan ? » demande Lemmy.
Henriette, avec un regard mélant une résolution d’esprit toute gallinacéenne et le trauma installé au fond de son coeur, répond : « Tout d’abord, nous devons empêcher Yves Cochet de devenir Duc de Bretagne”.

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A suivre !
Jour 36 : L’idéal interassociatif

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