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Vos questions & nos réponses : l’utopie inter-associative est-elle possible bwalors ?

De tout temps, l’humain a cherché à atteindre la pure efficience au sein de ses projets. Il serait en effet dommageable que nous ne cherchions pas à réduire le poids de nos contraintes tout en maximisant notre productivité.

Et d’un point de vue associatif culturel, ce concept se traduit par l’idée que si plusieurs associations du même secteur se trouvent réunies dans la même zone géographique, à un moment l’une d’entre-elles aura cette super idée :

Mais pourquoi ne nous regrouperions-nous pas pour être plus grands et plus forts ? Ensemble, plus forts, nous pouvons atteindre le firmament [1] et sortir de notre condition précaire [2] nom d’un cochon d’inde ! 

Et à partir de là, quand on est un vieux usager du genre et que l’on entend quelqu’un sortir cette sentence : on sort le pop-corn et on attend l’inévitable en souriant dans son coin. Explications.

Il faut tout d’abord comprendre qu’une asso culturelle est une entité qui possède une vie tout à fait comparable à celle de nous, humains : conçue un soir de beuverie, elle vient au monde dans un bâtiment administratif, demande pas mal de dépenses pour s’épanouir, acquiert un caractère propre au fil du temps, vit ses toutes toutes toutes premières fois d’adolescent, traverse ses coups durs, mûrit de temps en temps, tombe sept fois, se relève huit, puis après une lente agonie [3] , meurt dans le froid et le silence de cette même administration qui l’a vue naître, laissant comme seules traces une page Facebook abandonnée et des souvenirs dans le cœur des gens qui l’ont côtoyée.

Mais le premier écueil de l’idéal inter-associatif est que les associations sont aussi composées d’êtres humains distincts. On constate que ce qui compose l’esprit d’une association se transmet au fil des générations de bénévoles : les néo-arrivants ayant été formés en arrivant, ils en deviennent ensuite les féroces garants. Ceux qui la remettent en question la quittent alors déçus et/ou en colère [4].

Bref, revenons à notre idéaliste qui, non content d’avoir sa propre asso à charge, se dit qu’il va monter une crèche réunissant sous un toit les acteurs du même secteur. Idéaliste ? Oui, car vouloir réunir des êtres humains pour les faire œuvrer ensemble, eh bien dans la vie comme dans l’associatif, c’est pas gagné.

En effet, de par leur nature, chaque asso répond à son propre agenda et à ses priorités. D’autant plus qu’il n’est pas rare que certaines de ces structures ne puissent tout simplement pas se blairer.

Si au final une réunion réussissait à s’organiser, cette dernière pourrait donc être l’objet de pas mal de piques qui sont comme autant de missiles composant cette guéguerre des territoires.

Bien entendu, cette question dépasse largement le cadre culturel. Si vous n’avez jamais entendu les propos que se prêtent les associations philatélistes entre elles, vous possédez encore une certaine virginité pour ce qui est de la notion de grossièretés.

Et à partir de ce constat, on arrive presque à un remake du film Inception : des assos qui se font la guerre avec en leur sein des adhérents qui se font la guerre [4] qui dans leur fort intérieur ont tendance à se reprocher leur propre comportement. Une autre question se pose : à qui profite le crime ?

Hé oui, on peut dénicher du filou derrière de belles paroles de rassemblement. D’un certain point de vue : celui qui contrôle la communication inter-associative contrôle l’Univers ou du moins a accès à pas mal d’éléments sensibles permettant un possible phagocytage de réseaux pas du tout inintéressant. Sans oublier que pouvoir s’exprimer au nom des autres ouvre pas mal de portes… [5]

C’est pourquoi, après s’être fait avoir une fois (une de ces expériences douloureuses qui nous font grandir), on en préfére rester spectateur les fois suivantes. C’est aussi quelque chose de fascinant à observer, toute cette énergie déployée pour un résultat nul qui aura même tendance à exacerber les tensions déjà présentes.

Le bon comportement du bénévole distingué et moderne sera bien entendu de ne pas jeter de l’huile sur le feu ni de perdre son temps à expliquer que cela ne sert à rien.

Au final, l’idéaliste ne comprendra sa leçon qu’une fois son échec cuisant essuyé, et le roublard de service aura quand même eu le temps de prendre ce qu’il a à prendre avant de se voir mis au ban de la profession qui n’aura pas manqué de capter la coquinerie.

Mais comme j’aime bien finir sur une note optimiste, il s’avère que quelques unes de ces initiatives puissent s’avérer sincères et amener de bons résultats. Les identifier est simple : la personne ne doit faire partie d’aucune association culturelle préexistante. Bref, ne pas être juge et parti.

Ainsi sorti des conflits inter-associatifs, il pourra faire en sorte de ménager les susceptibilités de chacun et faire avancer les choses. Cela demande pas mal de diplomatie et d’intelligence émotionnelle. Ce qui est une qualité rare. Mais c’est beau et ça existe, j’en connais. A ceux-là, je leur envoie plein de poutous ; tout comme Philippe, ce sont les meilleurs.

Cet article est paru initialement dans le sixième numéro du fanzine BosKop le 1er novembre 2017.

[1] Les subventions avec cinq zéros.
[2] Bon, si c’est quatre zéros on ne dira pas non non plus.
[3] Ou bien de son cancer appelé économie.
[4] Cf. du même auteur. “Mais pourquoi bénévoler dans une association culturelle bwalors ?” BosKop #1. Les éditions de la photocopieuse tardive. (ou par là)
[5] Ma prof de lettres en première littéraire disait que les trois petits points en fin d’une phrase sont une forme de paresse littéraire. Moi, j’appelle cela des trésors.

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