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« Peaky Blinders » de Steven Knight : mieux qu’une histoire de gangsters

Par Astrid Kaisermann

Vous en avez entendu parler ? Non ? Il est grand temps que ça change !

Peaky Blinders est une série britannique librement inspirée de faits réels. En très court, c’est l’histoire d’une famille ouvrière de Birmingham. En un peu plus long, elle met en scène les Shelby qui se retrouvent avec des envies de grandeur après la première guerre mondiale : être de simples bookmakers illégaux ne leur suffit plus. Ils partent donc conquérir le monde.

La famille est composée principalement de trois frères : Tommy (Cillian Murphy), Arthur (Paul Anderson) et John (Joe Cole). A eux trois, ils dirigent le gang des Peaky Blinders comme une mafia. Bagarres, contrebandes, et débauches sont au rendez-vous. Alors j’entends d’ici le « c’est du déjà vu » avec, par exemple, Boardwalk Empire (2010-2014). Certes. Mais dans leur casting ils n’ont pas Cillian Murphy et Tom Hardy alors que Peaky Blinders si.

Et leur performance et celle d’Helen McCrory (l’interprète de Polly) en valent le détour. Malgré la violence, les jurons, les armes, les explosions, l’alcool, le sexe, cette série n’est pas – laissez-moi répéter cela – n’est pas réservée exclusivement à un public masculin. N’en déplaisent peut-être à notre société qui dit que ces sujets sont pour les hommes, la gente féminine y trouve bien son compte et sa place.

Comme dans beaucoup de séries modernes, les personnages sont des anti-héros que l’on finit par chérir. Chacun d’entre eux a une utilité. Tous ont des histoires saisissantes. Aucun n’est creux. Y compris les personnages principaux féminins – ce qui donne presque toute son originalité à la série (les séries sur les femmes qui font du shopping à Manhattan sont révolues ! Bye bye Sex and the City (1998-2004) ou Gossip Girl (2007-2012)).

Le féminisme vit en chacune d’elles grâce à des dialogues impeccables. Polly est celle qui mène vraiment la danse dans cette entreprise ; sans elle, Tommy est perdu. Ada (Sophie Rundle) ne se laisse impressionner par personne et revendique son indépendance.

Grace (Annabelle Wallis) prend ce qu’elle veut, quand elle veut. Lizzie (Natasha O’Keeffe) passe de simple prostituée à secrétaire avec responsabilités en un rien de temps. Quant à Linda (Kate Phillips), elle mène son mari à la baguette. (Mes excuses à tous les autres personnages féminins non cités !) Les femmes sont bien présentes, et elles sont bad-ass. (D’accord, d’accord. Les personnages masculins le sont aussi, mais ça on s’y attend.)

S’ajoute aux personnages de qualité, l’esthétique de la série. Elle fait de l’ombre aux productions de HBO ! Le cadrage, le décor et l’ambiance nous transportent tout bonnement dans le Birmingham des années ‘20.

L’atmosphère grise et sombre, mettant en exergue l’identité industrielle de la ville, se retrouve surpiquée de vives couleurs de temps à autres pour rappeler que la vie y habite toujours. Une bande son rock accompagne ces plans magnifiques. Bien qu’anachronique, elle s’accorde à la perfection avec les images de violence ou de sexe. Tout devient épique grâce à elle, même des gangsters qui marchent. Les scènes sont filmées avec finesse et tact : tout est soigneusement dosé, rien n’est montré pour le plaisir de voir de la chair ou du sang.  Le maître mot ici est bien « Élégance ».

Cependant, la variété des thèmes abordés est ce qui rend cette série réellement immanquable. Le féminisme bien sûr, en mettant en avant la condition de la femme assez régulièrement : avoir un enfant hors mariage, les agressions pouvant être subites, ou encore la différence de salaire à travail égal.

La condition des travailleurs est elle aussi mise en lumière à travers les grèves à répétition se déroulant dans les différentes usines de Birmingham, à travers la corruption facile pour cause de pauvreté, ou bien avec les divers discours communistes que l’on entend tout au long de la série.

Et puis, il y a le syndrome post-traumatique – l’un des thèmes les plus vibrants de la série à mon sens. En 1918, les Shelby sont revenus de France avec plus que des médailles et des cicatrices sur le corps. Eux gèrent chacun à leur manière les images qui les assaillissent, tout comme les bruits qui résonnent dans leurs têtes.

Nous, on réfléchit à ce que c’est que de vivre une guerre. Échapper à la mort à une seconde près. Réintégrer une vie « normale » après avoir tué des dizaines de personnes et d’en avoir vu des milliers d’autres mourir. Peut-être devrions-nous y réfléchir un peu plus souvent par les temps qui courent…

Pour sa beauté, sa richesse de personnages, ses sujets traités et ses acteurs, Peaky Blinders mérite d’être vu par le monde entier. Regardez-la, « by order of the Peaky Blinders » ! *

* Cela dit, si vous essayez d’arrêter de fumer ou de boire, attendez peut-être un peu avant de la regarder.

 

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