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Papicha (2019) de Mounia Meddour ou une bonne claque dans la tête

Avec regret, je n’avais pas pu voir Papicha (2019) lors de sa sortie en octobre 2019 ; mais j’ai récemment eu la chance d’avoir une séance pour me rattraper. Si vous n’en avez pas entendu parlé : c’est un film algérien réalisé par Mounia Meddour.

On suit une jolie jeune femme (autrement dit « Papicha » en arabe), Nedjma, vivant à Alger dans les années 1990, aussi surnommées la décennie noire. Nedjma aime Alger, veut faire sa vie là, créer des robes et sortir avec ses amies. Et, elle s’accrochera à ce futur quoi qu’il lui en coûte.

Cette œuvre a souvent été décrite comme féministe, ce qu’elle est ; mais pour ma part ce n’est pas forcément le premier mot qui me vient en tête après le visionnage.

Choc, puissant, touchant, destructeur, constructeur serait ma définition de Papicha. C’est une belle claque que l’on se prend en pleine face, et je la conseille vivement !

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En ressortant de la salle de cinéma, j’avais l’impression d’être en état de choc sans en comprendre la raison. Dans la même semaine, j’ai vu Au nom de la terre (2019) d’Edouard Bergeon, Les Misérables (2019) de Ladj Ly, tous deux des films prenants, durs, sur des sujets de société, et magnifiquement réalisés (je les conseille aussi grandement !) ; mais je n’étais pas ressortie des salles avec cette même sensation.

Ma première théorie pour expliquer mon sentiment était de me dire que la différence entre ces trois œuvres est que je ne connaissais absolument rien de cette partie de l’Histoire d’Algérie, qui reste tout de même extrêmement récente. Alors que j’ai déjà de vagues notions sur le monde de l’agriculture et, que j’ai déjà bien réfléchi sur la situation entre la police et les banlieues. Mais c’est en me réveillant plusieurs fois pendant la nuit qui a suivi le visionnage de Papicha, avec le souffle court, et le cœur battant à mille à l’heure, que j’ai compris : ce film m’a réellement fait peur ; car il m’a montré la fragilité de mes droits en tant que femme. 

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J’ai comme eu une brusque révélation que toutes les libertés que j’ai depuis que je suis née peuvent m’être enlevées presque sous n’importe quel prétexte, religieux ou non (si vous voulez un petit exemple, je vous invite à chercher sur internet « Make Women Great Again »). Le but premier de cette histoire n’est certainement pas de nous faire peur, c’est de montrer que le combat est toujours possible dans n’importe quelle situation, qu’il prend toutes sortes de formes, qu’il est dur mais essentiel. Cependant, en nous montrant la résistance de ces jeunes filles pour garder leurs libertés déjà restreintes, on ne peut ignorer que la lutte existe encore parce que les droits ne semblent pas irrévocables, même en France de nos jours.

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Alors, question suivante : pourquoi cette soudaine illumination avec Papicha et pas avec Mustang (2015) de Deniz Gamze Ergüven ou Les Hirondelles de Kaboul (2019) de Zabou Breitman et Éléa Gobbé-Mévellec par exemples ? Ces films traitent tous trois des mêmes sujets : les droits des femmes, et de leur rébellion dans des milieux opprimants. La réponse est en deux parties : le personnage de Nedjma et, l’actrice qui l’interprète, Lynda Khoudry. 

Nedjma a une vingtaine d’années, des rêves plein la tête, l’obstination et la défiance de la jeunesse. Peut-être est-ce dû à mon âge, mais à mon sens, il est très facile de s’identifier à ce personnage. Elle profite de sa vie étudiante, elle se bat pour ses idées puis, d’un coup, elle se retrouve face à des murs qui lui disent qu’elle ne peut pas vivre sa vie comme elle l’entend.

Cependant, elle ne se laisse pas abattre et persiste dans ses projets malgré l’effrayante réalité des attentats à la bombe, des faux checkpoints tuant à la chaîne les civils, ou des massacres à l’arme des jeunes femmes ne se voilant pas et recherchant le savoir. Nedjma montre l’exemple : ne jamais baisser les bras face à l’adversité, toujours garder la tête haute, et avancer coûte que coûte. Sa force donne de l’espoir, donne l’envie de résister aussi ; même si nos conditions de vie ne sont pas les mêmes que celles décrites dans l’œuvre.

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Puis, il y a Lynda Khoudry qui a une puissance de jeu qui force le spectateur à sentir toutes ses émotions. Il est très difficile de mettre de la distance entre elle et nous. Quand elle hurle pour extérioriser toutes ses peines, ça résonne dans nos tripes (je pense même que si je n’avais pas été dans une salle remplie d’autres êtres humains, j’aurais littéralement hurler avec elle).

Ses regards noirs ou affectueux, ses crises de folies créatrices, ses rires, ses colères : tout nous est donné d’une manière brute, naturelle. Nous nous retrouvons donc entraînés dans la tête et dans le corps de Nedjma, comme si en quelques minutes, elle et nous ne faisions plus qu’un. Ainsi, à la place d’être simples spectateurs, nous devenons personnage principal dans un film féministe algérien. Là est toute la différence avec Papicha.

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Papicha est, à mon sens, un joli hommage aux droits des femmes en rappelant que tout ce qui a été gagné a été obtenu par la lutte, mais surtout que rien n’est acquis de façon permanente et qu’il ne faut pas lâcher le combat afin de ne rien perdre.

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