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« Long live the TV ! » A propos des séries historiques britanniques, 2e partie

Downton Abbey

Lire la première partie.

La série suivante que je vais évoquer est Downton Abbey. C’est tout autre chose avec cette série britannique très primée (créée par Julian Fellowes et diffusée de 2010 à 2015) qui suit la vie de la famille Crawley de 1912 à 1925 environ.

Entre les mauvais tours que se jouent les domestiques et la vie de la très guindée famille du Comte (Hugh Bonneville), jamais avare d’une remarque snob, la série réjouit par ses dialogues savoureux (surtout en version originale) et ses intrigues tantôt graves, tantôt légères.

L’histoire de l’Angleterre n’est qu’une toile de fond, certes, mais les évènements des premières décennies du XXème siècle ont quand même une influence sur le récit. En effet, l’histoire commence avec le naufrage du Titanic en 1912, se poursuit dans la saison 2 avec la Première Guerre mondiale et évoque les différentes mutations des années 1910-1920 (économiques, sociales, évolution des mœurs…).

Avec ses six saisons de 7 à 9 épisodes (et un film en préparation, a priori en tournage cette année), la série traitent de nombreux thèmes et, sans être militante, s’attaque à certains sujets brulants (encore de nos jours) tels que la condition des femmes, ou encore les transformations économiques d’une Angleterre figée dans un système de classe qui n’a plus lieu d’être à cette époque.

Ainsi, un personnage comme Lady Sybil (Jessica Brown Findlay), la cadette du Comte, qui choisit dans un premier temps de suivre une formation d’infirmière pour travailler et qui se marie ensuite avec le chauffeur (chocking !), incarne la nouvelle génération qui cherche à s’affranchir des codes vieillissants d’une société qui craint d’aller vers l’avant et regarde constamment vers le passé avec nostalgie.

Les remarques de la comtesse douairière, incarnée par la génialissime Maggie Smith, sont d’ailleurs récurrentes à ce sujet : elle s’étonne que Matthew Crawley ait un travail (job[1]) et plus frappant encore pour nous, spectateurs d’aujourd’hui, elle lui demande, non sans une certaine condescendance : « qu’est-ce qu’un week-end ? ».

Evidemment, même si le Comte ne passe pas ses journées à ne rien faire (contrairement à sa femme et ses filles par exemple), travailler est un terme obscur pour l’aristocratie britannique pour qui l’argent provient de leur titre, des lègues et des revenus des terres qui composent leur domaine. Downton Abbey permet d’ailleurs de maintenir de nombreux emplois pour les habitants des villages alentours du Yorkshire et sa survie économique est primordiale.

Un peu trop pétrie de bons sentiments à des moments, on est toutefois attendri par les épreuves difficiles (et rocambolesques) que traversent les Crawley comme leurs domestiques. Quelques personnages manquent un peu de nuances et peuvent rapidement sombrer dans la caricature, même si cela ne rend pas leurs coups bas moins réjouissants !

C’est le cas par exemple de Thomas (Rob James-Collier), au départ valet de pied, qui s’acharne sans raison sur d’autres domestiques et parvient toujours à s’en sortir et termine d’ailleurs la série avec le plus grand nombre de promotions, alors même qu’il aurait dû être virer des dizaines de fois ! De même pour Lady Mary (Michelle Dockery), dont la froideur, le snobisme et la méchanceté (surtout envers sa sœur) la rendent détestable, mais que les scénaristes parviennent à rendre attachante de temps en temps.

D’autres personnages tirent d’après  moi leur épingle du jeu et donnent vraiment toute sa saveur à la série : comme Tom Branson (Allen Leech), gendre du Comte (le fameux chauffeur) qui arrive toujours à assouplir les relations tendues entre les membres de la famille et qui a l’habitude de dire ce qu’il pense (n’en déplaise aux autres), ou encore Isobel Crawley (Penelope Wilton), la mère de Matthew, avec son bon cœur et son entêtement légendaire qui devient amie avec sa cousine, la comtesse douairière, malgré leur différence de classe et de milieu et leur esprit de compétition (et de contradiction !).

Pour le coup, il est intéressant de constater que mes personnages préférés sont deux outsiders, qui ne sont pas aristocrates de naissance. Ce sont eux qui perturbent le bon ordre de la famille, coincée et souvent orgueilleuse, et l’aident à redescendre sur terre lorsque les Crawley sont trop concentrés à admirer leur nombril.

Les intrigues ne sont pas toutes du même niveau, parfois un peu tirées par les cheveux ou un peu grosses pour être crédibles. D’autres abordent des thèmes plutôt originaux et intéressants : les conséquences socio-économiques de la Première Guerre mondiale (la mort de milliers de jeunes hommes, le retour des rescapés, les conditions de vie sur le front), les rapports entre les domestiques et la famille qu’ils servent (amitié, conflits) et plus généralement la gestion d’un domaine, la survie d’une dynastie, l’absurdité des lois sur l’héritage qui flouent les femmes… Tous ces sujets gravitent finalement autour d’un grand thème : l’Histoire de l’Angleterre et ses mœurs à une période donnée.

Mon bilan

Un vrai plaisir coupable ! Je peux enchaîner les épisodes sans jamais me lasser et en riant toujours autant des expressions et des accents very British, et de la méchanceté de certains personnages ! Côté Histoire, quelques références précises à des évènements historiques permettent d’établir un cadre temporel clair, ce qui est nécessaire étant donné les sauts dans le temps récurrents, même entre deux épisodes (et qui ne sont pas notifiés précisément). Pas nécessairement utile pour faire un exposé sur l’Histoire de l’Angleterre, mais une série à regarder sans modération !

Notes :

[1] Il est avocat. Son arrivée à Downton est plutôt mal vue dans un premier temps, car il est devenu héritier du titre de Comte par accident. En effet, le naufrage du Titanic a couté la vie à l’héritier direct. Le domaine et le titre, qui ne peuvent pas se transmettre aux femmes (entail ou fee tail) vont alors à un autre héritier mâle, même s’il s’agit d’un cousin éloigné, qui n’est pas lui-même aristocrate, et que personne ne connaît.

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