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Long live the TV #5 ! « The Crown »

A propos des séries historiques britanniques

Avertissement : cet article contient quelques minces spoilers sur les saisons 1 et 2.

Créée par Peter Morgan, le scénariste du film The Queen (Stephen Frears, 2006), et diffusée sur Netflix depuis fin 2016, The Crown est une série américano-britannique très ambitieuse, qui a pour objectif de proposer un portrait de tout le règne d’Elisabeth II. La reine du Royaume-Uni et d’Irlande du Nord depuis 1952 est interprétée par Claire Foy dans les deux premières saisons1.

The Crown revient sur la vie de la jeune souveraine depuis son mariage en 1947 avec Philip Mountbatten, Duc d’Edimbourg (Matt Smith), en montrant ses débuts hésitants sur le trône à la mort prématurée de son père, George VI (Jared Harris) à l’âge de 57 ans.

Dans cette période de transition de l’après Seconde Guerre Mondiale et de début de Guerre Froide, la place délicate d’Elisabeth, femme, mère et souveraine d’un royaume constitutionnel (où elle ne donc peut pas intervenir directement sur les questions politiques), est traité de manière sobre et parfois, en apparence, presque froide.

Loin de l’aspect soap des autres séries du genre, comme Reign ou Victoria, par exemple, The Crown joue en effet beaucoup plus sur la retenue. La mise en scène, les décors et costumes, très importants dans une série historique, tiennent le pari et sont très réussis.

Néanmoins, la sobriété de The Crown est, d’après moi, autant une force qu’une faiblesse, car pour peu que l’on n’adhère pas à l’intrigue d’un épisode, on peut passer totalement à côté (et même s’ennuyer !). Si je peux supposer que certains effets visent à mettre en place un certain suspens, ils sont selon moi un peu artificiels et il est parfois difficile de comprendre un épisode avant sa moitié, voire sa fin (d’où un certain ennui)2. Quant à la musique (souvent classique) elle est également trop présente (le volume étant accentué) et ne parvient pas toujours à pallier l’inaction, ni à installer une vraie tension3.

La saison 1 était, il me semble, de meilleure qualité, car elle avait trouvé le parfait équilibre entre anecdotes privées et Histoire. En relatant par exemple un événement comme le « grand smog de Londres » (Saison 1 épisode 4), où un brouillard très épais et nocif à recouvert le ciel londonien durant plusieurs jours en 1952, la série permet de découvrir un événement historique finalement assez peu connu, où Churchill a joué un rôle très spécial, avec un coup de pub comme il en avait le secret4. Interprété très justement par John Lightgow, le premier Ministre britannique est pour moi un personnage majeur de la saison 1, qui donne beaucoup de couleurs et d’intensité à la série, comme le roi George VI.

Mon reproche principal est donc que les épisodes, comme les personnages, sont assez inégaux. La saison 2, se concentre plus sur des histoires personnelles au sein de la famille royale, comme les difficultés entre Elisabeth et Philip, qui peine à trouver sa place aux cotés de sa femme, ou les errements et débordements de sa sœur, Margaret (Vanessa Kirby), à qui la couronne refuse un mariage avec un homme divorcé.

Si je compatis sincèrement aux difficultés de la princesse confrontée aux usages démodés de la monarchie, j’ai beaucoup de mal avec ce personnage qui est (malheureusement pour moi) particulièrement mis en avant dans cette saison. Les minauderies de Margaret et ses excès en tout genre (tabac, alcool et soirées aves la jet-set londonienne) ne parviennent pas à m’émouvoir. Je préfère de loin les épisodes qui relatent des événements historiques ou politiques, comme celui de la visite des Kennedy, excellent et sans temps mort, qui montre de nouvelles facettes du caractère d’Elisabeth, parfois un peu trop en retrait.

C’est d’ailleurs, à mon avis, le second point faible de la série. Même si Claire Foy est très juste dans son jeu la plupart du temps, le tempérament un peu passif d’Elisabeth a tendance à me taper sur les nerfs (Sorry votre majesté !). Dans une série déjà souvent contemplative (plans fixes, lents) et où l’action n’est clairement pas débridée, l’inertie du personnage principal est pesante.

Toutefois, la faute ne revient pas vraiment à la comédienne, ni à son rôle, mais plutôt à l’image que les scénaristes ont choisi de donner d’Elisabeth. En effet, souvent rabaissée par son mari ou moquée par sa sœur, la reine n’a pas toujours le répondant nécessaire. Ainsi, lorsqu’elle essaye une nouvelle coupe de cheveux, par exemple, Philip lui dit de manière brusque (et goujate !) qu’avec une telle coiffure, il se gardera bien de lui faire d’autres enfants !

Plus tard dans l’épisode, il revient sur ce sujet avec Margaret et ils se moquent ensemble d’Elisabeth. Sa sœur se montre parfois odieuse avec elle et va jusqu’à lui dire qu’elle n’existe que grâce à la couronne, mais n’a ni l’intelligence, ni la prestance, ni le charisme pour la porter. Leur tempérament sont certes totalement opposés, mais cette fois-ci, Margaret fait face à une reine inflexible, qui la remet à sa place (et ça fait un bien fou !).

Le reste du temps, coincée dans ses manières impeccables et son flegme tout britannique, la souveraine encaisse les moqueries de ses proches sans broncher, tandis que la presse se montre très dure envers elle. Au lieu de l’image d’une femme forte, la série renvoie donc l’image d’une femme que l’on a envie de plaindre (je passe souvent les épisodes à m’exclamer : «oh ! la pauvre »).

 

Mon bilan : En s’éloignant des événements politiques et/ou historiques qui faisait sa réussite, la série s’est, selon moi, un peu perdue durant la saison 2. Se focalisant sur les histoires intimes (voire privées) de la famille royale, certains épisodes sont de petits chefs d’œuvres, captivants et bouleversants, d’autres, plus rares (heureusement) m’ont laissé sur le côté de la route. Avec le changement de casting qui s’annonce, The Crown peut soit transformer l’essai et trouver son rythme de croisière, soit faire naufrage et se perdre dans des détails personnels qui donnent l’impression au spectateur d’être un voyeur ou que la série est un magasine à scandale (si célèbres en Angleterre), au lieu de faire vivre la famille royale à travers le portrait global et ambitieux annoncé par le son créateur et Netflix.

NOTES : 

1  Un renouvellement de casting est prévu pour les saisons 3 et 4 qui aborderont deux autres décennies de son règne.

2  La chronologie de certains épisodes n’est par exemple pas linéaire, mais aucune indication de temps ne permet d’en être informé tout au long de l’épisode, rendant parfois la narration confuse. Le point de vue adopté en début d’épisode peut également changer en cours, sans que rien ne l’indique.

3  Cela peut être délicat dans la mesure où les épisodes durent environ une heure.

4  Pour ne pas spoiler plus l’épisode, je n’en dirai pas plus. Je vous invite vivement à le voir.

 

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