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Confinement, un Journal | Jour 38 : Pendant ce temps, en Bretagne…

Yves Cochet, les mains fièrement posées sur les hanches, admirait ses plans de tomates, la récolte allait être bonne. L’ensoleillement exceptionnel de ce début de printemps portait ses fruits, et ce, au sens propre du terme. Certes, comme il le disait tous les jours, le dérèglement climatique allait pousser l’humanité vers les abysses, pensa t-il, mais cette fois, cela avait du bon.

Erwan, le plus jeune de ses services civiques, accourut du fond du jardin, brandissant une lettre au bout du bras. Arrivé auprès de son tuteur, complètement essoufflé, il la lui tendit : 

“Monsieur, nos démarches ont porté leurs fruits. Le peuple breton peut enfin récupérer le Mont Saint-Michel !
– Victoire ! fit Yves en levant la lettre au-dessus de lui et l’éloignant pour pouvoir mieux  lire.
– La racaille normande n’a qu’à bien se tenir maintenant. Avec cette prise, vous contrôlerez enfin tout le territoire nord-est breton.

Je sais bien tout cela, mon brave Erwan. Nous allons boire de la godinette pour célébrer l’événement, préparez donc la table pour tout le monde et battez le rappel !
– Oui, avec plaisir, Monsieur” répondit dans un grand sourire l’obligé, avant de filer annoncer la grande nouvelle à toute la maisonnée.

***

“Mais que faîtes donc vous avec ce chat, Erwan ? s’étonna Yves Cochet. Ne risque t-il pas d’abîmer les plans de tomate, ou bien aller creuser quelque part quelque terrier malencontreux ?
– Mais Monsieur, ce ne sont pas les chats mais bien les lapins qui causent de tels soucis ! Regardez-le, fit-il en tendant l’animal vers son maître. N’est-il pas gracieux ? Je l’ai nommé Malo en honneur à notre grande région.
– Vu sa taille, on dirait moins un chat qu’un léopard. Ne craignez-vous pas de vous être trompé quant à sa race ?”

Si en effet, ledit félin ne présentait aucun embonpoint, celui-ci tenait une stature importante qui ne semblait empêcher aucune souplesse. Se tenant calme dans les bras de son protégé, Yves Cochet avait pourtant le pressentiment, indéfinissable, que l’animal pouvait bondir à tout instant pour procéder à quelques méfaits.

“Très bien, fit-il d’un geste. Gardez-le. Mais ce sera à vos propres frais.
– Oh merci, Monsieur. Vous verrez, vous apprendrez à apprécier Malo !”

***

Comme vous le savez, la nuit tombée, Yves Cochet aimait fumer sa pipe, profitant du jardin après cette nouvelle journée de travail. Malgré les effluves de nicotine, il parvenait à sentir distinctement l’odeur que dégageaient les tomates en pleine floraison. Même l’air était sensiblement plus pur depuis le confinement. 

Il se serait senti parfaitement bien si cette journée n’avait été entaché par la perte du courrier officialisant la récupération bretonne du Mont Saint-Michel. Document qu’il devait retourner signé par courrier avant la fin du mois. Si d’aventure, il ne le retrouvait pas, il devrait se rendre lui même sur place au déconfinement pour attester sur l’honneur la véracité des faits.

Alors qu’il était tout à ses pensées, Malo vint se frotter à ses jambes. Yves Cochet, de nature pas attiré par l’espèce, avait toutefois tenté la veille de caresser l’animal, alors installé sur son fauteuil. Il en gardait depuis une douloureuse balafre tout du long de la main droite. Échaudé par cette mauvaise surprise, il ne se risqua donc pas à se baisser pour retenter l’aventure malgré l’apparente sympathie que lui communiquait le félin à cet instant. 

Il regarda sa montre. Vingt-deux heures, il était tant d’aller se coucher. Alors qu’il retournait vers les lumières de sa demeure, le chat ne le quitta pas d’un pouce.

***

“Quelqu’un a t-il vu monsieur ?” demanda Erwan à la cantonade.

Aucune réponse de la part de la douzaine de services civiques réunis à l’aube et qui s’apprêtaient à partir sur leurs missions de la journée. Personne ne semblait avoir croisé le maître depuis la veille. Erwan mit en place deux personnes pour mener les appels téléphonique pendant que le reste partit en battue sur le terrain.

Il ne fallut pas très longtemps pour trouver le corps inconscient du châtelain, laissé au milieu de ses tomates, complètement nu et zébré de griffures. A côté de lui, se trouvait un mot planté dans la tige d’une tomate.

L’urgence fut tout d’abord de couvrir la pudeur de ce qui deviendrait peut-être un jour le Duc de Bretagne, et l’amener à l’intérieur où on lui servit un cidre extra-brut pour lui redonner quelques forces.

Au milieu de l’agitation, Yves Cochet, déboussolé, attrapa sans grande vigueur, mais fermement, le bras d’Erwan. D’une voix faible, il murmura : “Saint-Michel, le Mont… Il ne faut plus, il ne faut pas ! Malo… Non, pas Malo…
– Le chat ? C’est Malo, mon chat qui a fait ça ? se récria Erwan, paniqué.
– Oui ! Non, pas Malo… Non, non… là..” fit Yves Cochet, qui perdait son souffle, en pointant son index vers la lettre que tenait toujours Erwan à la main.

Ce dernier avait complètement oublié le message abandonné durant la gestion du drame. Il l’ouvrit. L’avertissement quant à l’annexion du rocher tant convoité était clair, mais…

“Mais qui est donc ce Benvenuto ?” s’exclama le service civique.

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A suivre !
Jour 39 : ————–

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