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Confinement, un Journal | Jour 22 : Prohibition

Le 7 avril 1933 prenait fin la prohibition aux Etats-Unis d’Amérique. Quatre-vingt sept ans plus tard, je me rendis compte que les résidents de l’Amazing Bicoque avaient eux-aussi mis en place leur système pour braver les interdits.

Lorsque en décembre dernier, je re-récupérais Tofu d’une de ces colocations sordides où l‘avait envoyé son père (indigne), je vis tout de suite en le prenant dans mes bras que la malbouffe était passé par là.

Ce séjour  loin de l’Amazing Bicoque me l’avait rendu en mode gras-gras chat dû à un rythme de vie casanier et d’alimentation trop grasse donnée en trop grande quantité.

Or, malgré son âge avancé – bientôt onze ans, lorsqu’il demeurait à l’Amazing Bicoque, le chat retrouvait ce corps svelte et élancé des félins rationnés dans leurs croquettes et s’esbaudissant en plein air.

Si à son retour, je me résolus à lui imposer un régime drastique et des exercices quotidiens. Cela ne se fit certes pas pas sans moult miaulements, l’animal n’étant pas chaud à laisser ainsi s’éloigner son confort.

Comme prévu, les résultats se firent rapidement sentir, le retour des beaux jours, et donc de ses escapades dans le jardin, aidant : Tofu retrouvait enfin sa grâce et le panache, teinté de victimisation, qu’on lui connaît.

Alors qu’elle ne fut pas ma surprise lorsque je le pris ce matin du mardi 7 avril dans mes bras, pour constater qu’il avait repris du poids, et pas qu’un peu.

Je lui demandais immédiatement ce qu’il se passait, mais il me répondit un vague “miagr’mraou” tout en se débattant ; puis, une fois à terre, il s’en alla à petits pas s’en retourner, la queue haute.

Je m’enquis auprès de Gros Chat Gris, dont la notion même de diète était chose impensable, se contenta de me regarder sans dire un mot. J’insistais toutefois, ce dernier me lâcha un vague “Mrou” avant de retourner au soleil dormir sur son matelas rouge. Le message était éloquent, je fouinais trop.

***

Je laissais là cette histoire le reste de la matinée, devant m’occuper de la mise en pot de poivrons et le taillage de mon avocatier. Toute à cette paisible tâche, j’entendis un léger sifflement sur ma droite. Me retournant vers l’origine du son, je vis Lemmy me regarder droit dans les yeux de derrière son enclos. Il me fit un léger signe des oreilles pour que je m’approche.

Regardant prudemment autour de moi, je me dirigeais vers le lapin nain. Ce qu’il me dévoila en échange d’une double ration de carottes me glaça le sang. 

***

Nous sommes au crépuscule, mon informateur et moi-même, nous nous tenons cachés derrière les fougères du jardin. Voici maintenant au moins une heure que l’on attend, il n’y a aucun mouvement, si ce n’est celui des insectes qui volettent dans les derniers rayons du soleil.

Ainsi, tout un réseau clandestin félin était né pour prodiguer des croquettes à volonté. Le confinement avait même permis d’assoir l’essor du système. Peu surveillés, les chats détournaient à loisir les croquettes de l’arrondissement pour approvisionner les affamés comme Tofu. Mais que donnait-il en échange ? C’était bien là pour moi toute la question ; et cela, même Lemmy n’en savait rien.

Un mouvement. Tofu traverse le jardin avec son air habituel à la fois bête et convaincu. Soudain, à son opposé, atterrie une ombre féline et toute menue. Il ne me faut que quelques secondes pour la reconnaître : Praline !

La chatte la plus évanescente du jardin, bien entendu. Pardonnez-moi lectrice et lecteur si  je ne vous l’ai pas encore présentée, mais cette dernière fait bien partie de l’histoire. Mais cela attendra, s’il vous plait, d’autres affaires plus urgentes sont en cours.

Je décide d’attendre un peu, je préfère prendre les chats en flagrant délit. Mais je n’ai pas beaucoup à patienter, je vois Praline donner un petit sac à Tofu qui ronronne un remerciement.

Je me lève soudain de ma cachette, suivi par le valeureux Lemmy, bien heureux de la faire à l’envers à Tofu, et pointe un doigt accusateur vers les contrevenants.

“Au nom du régime hypoglucidique, je vous arrête !”

Si Tofu suit son instinct en restant où il est, l’air bête ; cette petite fusée de Praline a déjà filée à travers le jardin, grimpée sur l’arbre et disparue derrière le mur du voisinage.

Ne me souciant pas de prendre de risques inutiles à la pourchasser, je fonds sur Tofu que je prends dans mes bras. Je décide de la ramener à l’intérieur pour l’interroger pendant que lui, regarde, le coeur brisé, son petit sac de croquettes abandonné à terre.

Je compte bien cuisiner ce mon témoin pour faire tomber le réseau.

Pendant ce temps, Gros Chat Gris en profite pour récupérer les croquettes.

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A suivre – Jour 23 : L’interrogatoire !

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