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Confinement, un Journal | Jour 20: Henriette

Nous sommes le soir, réunis autour de la cheminée après avoir conclu une coinche arrosée d’un bon verre de Scotch australien. 

Tofu se permet une question : “Avant d’être ici, as-tu eu d’autres colocataires ?”

Belle question. Pourquoi ne pas leur parler de la plus étrangère colocataire avec laquelle il m’ait été donné de vivre ?

Nous sommes au début de la décennie précédente, à cette époque où tout est encore possible. Dix années jour pour jour depuis Henriette. Souvenirs…

L’animal fut récupéré dans une ferme, non loin de notre grande ville, pour les besoins d’une soirée sur le thème paysan. Un thème qui paraîtrait dangereux aujourd’hui, je sais. Mais, souvenez-vous qu’il s‘agit d’un temps où l’appropriation culturelle ne faisait pas scandale. Nos amis cultivateurs pouvaient ainsi faire l’objet de déguisements et de joyeuses animations s’en se sentir dépossédés ou singés par nous, citadins peu respectueux.

Toujours est-il que, pour la modique somme de 10 euros (l’équivalent de 37 euros aujourd’hui), nous voici accompagnés de la jeune poulette. Immédiatement nommée Henriette, cette dernière possédait un plumage noir et blanc avec de magnifiques variations de gris, et puis une très belle crête aussi.

Sa présence fit un tabac à la soirée. Nous aurions pu amener toutes les bottes de foin du monde, accrocher pelles et râteaux aux murs, repasser nos salopettes, rien ne valut la présence de la poulette.

Puis, il y eut l’inévitable lendemain, et cette question que nous nous étions pas encore posée : mais qu’allions-nous faire de cette demoiselle ?

La question fut vite résolue quand, d’un commun accord en mon absence, mes camarades décidèrent qu’elle irait vivre chez moi, que c’était mon idée au départ, que j’en étais donc, de par nature, responsable. Si je fis tout d’abord grise mine, je dus me résoudre à accepter la fatalité, nous n’allions quand même pas la laisser errer en ville.

A ce moment-là, je vivais certes seul (humainement), mais avec pas mal d’amis comme à l’accoutumée : Chestnut le cochon d’Inde, Caramel la lapine naine, Toulouse la ratoune et ChatRoulette le chat.

Etrangement, la cohabitation se passa bien, Henriette dormait dans sa cage la nuit et se baladait dans l’appartement le jour, cot-cotant inlassablement, et laissant régulièrement quelques surprises sur le carrelage.

Parmi les souvenirs qui ne me quitteront pas, jamais je ne vis chose plus majestueuse que de la voir prendre son envol de sa cage, pour amorcer un virage aérien à travers le salon pour finalement aller s’emplâtrer le bec contre la bibliothèque. Le plus étonnant étant que, malgré l’issue de cette action, elle la recommençait régulièrement. Aujourd’hui encore, je n’arrive à en tirer aucune conclusion. 

***

Les semaines défilèrent, avoir une poule à la maison me semblait être la chose la plus naturelle au monde. J’avoue même que je profitais de la situation qui me permettait parfois de briller en société : croyez-moi, plus d’une demoiselle (humaine) fut conquise par l’anecdote que j’avais appris à savamment dévoiler lors d’une discussion.

Pendant ce temps, Henriette prenait du poids, passant d’ado-poule à dame-poule. Il m’avait fallu apprendre tout un tas de données sur les poules que je ne pensais pas être un jour obligé d’apprendre. Son alimentation était assez variée, et ce, grâce aux forums spécialisés auxquels je me mis à participer ardemment sous le pseudo de “Poule-Poute”.

En tout cas, quels que fussent les aliments proposés, Henriette était particulièrement friande de navets. La seule vue du légume la mettait dans des états pas possibles que seule l’obole dudit légume arrivait à calmer. 

Et sur le thème de la nourriture, je me demandais d’ailleurs quand j’aurais des oeufs ?

***

Puis un matin, un nouvel élément lié à la poule me réveilla en sursaut. J’imaginai tout d’abord être face à une catastrophe naturelle ou une sonnerie d’alarme curieuse ; en fait, notre Henriette s’époumonait de toutes ses forces, à cinq heures du matin.

Craignant quelque danger pour l’animal, je me précipitai vers sa cage. Sur place, je ne constatai aucun drame, juste Henriette qui se mettait vocalement au diapason de l’aube. 

J’en discutai longuement sur le forum et en conclut que la solitude devait en être la cause. Malgré mes bons traitements, et l’apparente bonne santé de la poule : cette dernière était-elle entrain de me faire une dépression ? Et pourquoi n’avais-je toujours pas vu la couleur d’un oeuf ?

Je me résolus à me dire que tant que l’incident serait isolé, nous pourrions repartir de la bonne patte. Bien entendu, ce ne fut pas le cas.


A suivre – Jour 21 : Henriette #2


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